La grande rivière artificielle, ou Great Manmade River (GMR), est un projet pharaonique né en 1983 et programmé sur vingt-cinq années, afin de pallier les faibles ressources en eau de la Libye, dues à un climat désertique, et d’aboutir à l’autosuffisance alimentaire, laquelle permettra au pays, pendant les cinquante ans prévus de la durée de vie du « grand fleuve » de ne plus avoir à importer les trois quarts des besoins de ses 5,6 millions d’habitants. Dans le désert libyen, qui était il y a trois mille ans une verdoyante savane avant que le climat se modifie, quatre formations aquifères, s’étendant jusqu’au Tchad et en Égypte, et renfermant environ 100 000 km3 d’eau fossile d’une extrême pureté, ont été découvertes par hasard lors d’une prospection pétrolière. Le pompage, à la manière du pétrole, de cette eau en sous-sol s’est donc rapidement décidé : un investissement de 30 milliards de dollars (la moitié du budget libyen) permettait le transfert de 2 milliards de m3 d’eau par an du désert vers le littoral, ce qui couvre plus que largement les 4 à 5 millions dont le pays a besoin et dont seulement 2 à 3 % sont fournis par les ressources naturelles. Depuis 1997, deux conduites en direction de Tripoli et Benghazi sont alimentées par plus de 480 puits. Actuellement, pratiquement 6 millions de m3 d’eau par jour, dont 40 % dédiés à l’agriculture, s’écoulent dans des canalisations en béton de quatre mètres de diamètre, qui s’étirent sur 4 000 kilomètres de part en part du pays.